DÉMOCRATIE RÉELLE

La démocratie en France et dans le monde est imparfaite, elle est même nulle. Les élites oligarchiques ont toujours voulue garder le contrôle en flattant notre égo avec l’idée de l’élection qu’on nous présente comme une démocratie. L’élection c’est un chèque en blanc, nous n’avons aucun moyen de résister, aucun, même par millions dans les rues cela n’a pas suffit pour défendre nos retraites, et ce n’est pas l’élection de politiciens professionnels qui changera le problème.

Je vous propose une vidéo débat essentiel sur la démocratie :

Etienne Chouard est pour nous l’intellectuel Français de ce début de millénaire, il est celui qui nous a interpellé sur le mauvais traité constitutionnel de 2005, son blog faisait 30.000 visites par jour lors du débat sur le référendum de 2005. Les partisans politiques du non se sont servi de son travail d’analyse de la constitution. Il est le seul à avoir réfléchi en profondeur à une VRAIE DEMOCRATIE. Il y consacre toute son énergie, toute son expérience d’enseignant et chercheur.


Débat entre Etienne Chouard et Yvan Blot sur la… par enquete-debat

Résumé des idées avancée par Etienne Chouard :

  1. Le peuple doit rédiger la constitution. Ce n’est pas aux élus de la rédiger, car ils y intégreront notre impuissance comme c’est la cas actuellement. Le tirage au sort des rédacteurs serait la clef de voûte
  2. Les députés pourraient être contrôlé par une chambre aussi tirée au sort, pour un mandat unique et court, car le pouvoir corrompt, et d’autant plus que le rôle de parlementaire est un métier carriériste de cumulard toujours réélue
  3. Le gouvernement n’a pas lieu d’exister, on doit l’appeler : EXÉCUTIF, et le laisser à ce simple rôle d’exécutif sans pouvoir de décision seul. Le président et ses ministres ne doivent pas être des gouvernants, mais des exécutants
  4. Les petites communes n’ont pas besoin de conseil municipal, cela se pratique dans certaines régions ou ce sont les habitants qui décident des choix locaux et non des conseillers municipaux.
  5. non cumul des mandats
  6. éligibilité unique (interdit de se représenter une seconde fois)
  7. Référendum d initiative populaire (disons avec pétition de 1 million de personnes)
  8. Référendum révocatoire des élus
  9. Référendum systematique pour les grandes questions de société
  10. Interdiction aux élus de toucher a la constitution
  11. Tirage au sort de citoyens lambda pour une assemblée constituante
  12. Tirage au sort de citoyens lambda pour une assemblée de controle des élus (qui remplacerait le sénat et qui participerait a la législation avec l’assemblée de député sélus)

 

Le débat est très très intéressants… vraiment à voir absolument….

 

Voici un exemple de débat sur ce sujet entre François Asselineau et Etienne Chouard le porteur de ce nouveau projet démocratique ou le tirage au sort à sa place.

Les inconvénients théoriques, politiques et pratiques que présente la démocratie par tirage au sort. : Source : http://www.facebook.com/notes/etienne-chouard/objections-au-tirage-au-sort-en-politique-et-propositions-de-r%C3%A9futations-rationn/10150398358067317

 

[ÉC : Premières réponses d’Étienne Chouard, en gras et entre crochets, aux objections formulées par François Asselineau à l’utilisation du tirage au sort en politique (  http://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/posts/10150332561152612 ) :  ÉC.]

Cette idée de tirage au sort lancée par M. Chouard n’est pas avalisée par l’UPR car elle présenterait des inconvénients considérables, en termes théoriques, politiques et pratiques :

[ÉC : pour ne rien vous cacher, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’un parti, quel qu’il soit, « avalise » telle quelle l’idée radicale de la démocratie :-) Mais cela ne nous empêche pas d’échanger quelques mots pour rapprocher (au moins un peu) les points de vues ; surtout qu’il existe des voies de COMPROMIS intelligent qui devraient retenir notre attention à tous, dans le souci de l’intérêt général. ÉC.]

 

… 1- Sa première conséquence serait de…. supprimer les élections. Allez expliquer aux Français que le retour de la démocratie se traduit d’abord par la suppression des urnes ! Il est certain qu’une très grande majorité de Français seraient absolument opposés à cette idée.

[ÉC : Dès qu’on a réalisé que les élections n’ont jamais tenu leurs promesses, dès qu’on se rend à l’évidence qu’elles ont même, au contraire, rendu possible une organisation particulièrement injuste nommée « capitalisme », quand on prend  conscience que le capitalisme est aujourd’hui verrouillé, comme protégé, par cette procédure aristocratique, rapidement devenue oligarchique, on est alors beaucoup moins peiné de son recul, voire de sa disparition.

Mais c’est vrai qu’il faut avoir d’abord PRIS CONSCIENCE de l’escroquerie politique contenue —depuis le début— dans le régime du gouvernement représentatif : appeler « suffrage universel » l’opération par laquelle le peuple est invité à désigner des MAÎTRES politiques, parmi des gens qu’il n’a même pas choisis, et pour qu’ils décident TOUT à sa place pendant cinq ans, c’est véritablement une escroquerie monumentale. Et appeler « démocratie » le gouvernement représentatif, c’est la cerise sur le gâteau de l’imposture.

Je suis d’accord pour reconnaître que les humains (et pas seulement les Français) ne sont pas du tout prêts, pour l’instant, à la généralisation du tirage au sort en politique, et ça se comprend puisqu’on ne rappelle absolument pas à l’école, ni dans les médias, la centralité (très logique) du tirage au sort dans une démocratie digne de ce nom.

Cette première objection est vraie, donc, mais elle n’est pas une fatalité : ça peut changer très vite.

Ça dépend de nous, à la base. ÉC.]

2- Sa deuxième conséquence serait de rendre inutiles les partis politiques et les campagnes électorales. Pourquoi les gens adhèreraient-ils et militeraient-ils encore à un parti ?

 [ÉC : mais c’est une bonne nouvelle, ça, non ? Là aussi, quand on réalise que les partis ne servent qu’à gagner les élections, et que les élections ont toujours pour résultat de donner 100% du pouvoir politique aux plus riches, on n’a aucune peine à imaginer de s’en passer.

 ON N’A ABSOLUMENT PAS BESOIN DE PARTIS POUR FAIRE DE LA POLITIQUE : les Athéniens étaient le peuple le plus politisé de toute l’histoire des hommes alors que… les partis étaient interdits.

 Et la disparition des partis n’empêcherait pas les réunions, les conversations, les projets politiques et l’éducation populaire, me semble-t-il. ÉC.]

 

3- Rendant sans objet les partis politiques et les campagnes électorales, le tirage au sort laisserait les citoyens encore plus esclaves des médias qu’ils ne le sont aujourd’hui pour se faire une opinion. Ce qui n’est pas peu dire ! Ce serait la troisième conséquence. Une majorité de « tirés au sort » auraient toute chance de ressasser à l’Assemblée nationale ce qu’ils ont entendu sur TF1 la veille au soir…

 [ÉC : Je ne vois pas en quoi la disparition des partis asservirait davantage les citoyens aux médias : d’ores et déjà, les partis prennent toute la place réservée à la politique dans les médias, et leur disparition, au contraire, libèrerait de la place dans les programmes, et ferait également cesser une influence corporatiste qui est chaque jour plus visible.

 Par ailleurs, je n’envisage l’institutionnalisation du tirage au sort que dans le cadre d’une refonte GÉNÉRALE de la Constitution, bien entendu, ce qui permet de prévoir une organisation des médias bien plus respectueuse de l’intérêt général, plus protectrice à l’encontre des cupidités privées, et bien moins dangereuse en termes de manipulations car faisant appel à un contrôle citoyen permanent (le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pourrait être une Chambre tirée au sort, et les patrons de chaînes pourraient être tirés au sort collégialement parmi les personnels, pour des mandats courts et non renouvelables).

 Les médias devraient ainsi devenir à DOUBLE SENS et ne plus seulement servir d’outil de propagande du haut vers le bas : des médias bien institués permettraient aux citoyens de faire remonter (et diffuser) les informations sociales utiles à tous, sans filtre oligarchique, d’organiser des formations horizontales (type « Universités populaires » où les citoyens se forment entre eux selon leurs expertises mutuelles), etc.

 La crainte de la mauvaise influence des médias est, certes, fondée dans le régime actuel (qui est profondément vicié par 200 ans d’oligarchie élective), je le comprends, mais elle n’est pas si fondée dans le cadre d’un projet constituant global où les citoyens prendraient réellement leurs affaires en main. ÉC.]

4- La quatrième conséquence serait d’annoncer soudain aux Français quels sont les représentants que « le sort » a désignés.

Il en résulterait évidemment un immense doute et les rumeurs de toute nature sur la sincérité de ce tirage au sort. Qui l’aurait fait ? Le tirage n’a-t-il pas été truqué ?

 [ÉC : Comment cela ? D’où viendrait que les opérations seraient aussi mal organisées qu’elles inspireraient la méfiance ? Il serait assez aisé, au contraire, d’organiser des séances publiques honnêtes, simples et vérifiables par tous, grâce à des machines mécaniques  — des klérotérions modernes (mais surtout pas électroniques !).

 C’est justement la condamnation des élections par 70% des citoyens (qui disent régulièrement aux sondeurs ne plus faire confiance à aucun parti) qui conduit aux taux d’abstention record (dont les politiques de métier devraient avoir honte) (mais ils n’ont manifestement honte de pas grand chose).

 Les élections truquées sont monnaie courante, un peu partout sur terre, et je ne prévois pas que les citoyens soient chagrinés d’essayer un autre système, après 200 ans de cruelles désillusions : quand nous en parlons, chacun comprend très vite que LE TIRAGE AU SORT EST À LA FOIS PARFAITEMENT ÉQUITABLE ET PARFAITEMENT INCORRUPTIBLE.

 C’est même sa force majeure. ÉC.]

5- Même si le tirage au sort était honnête, les élections seraient remplacées par une sorte de panel, comme pour un sondage.

Or les instituts d’opinion un tant soit peu sérieux savent que tout sondage donne une probabilité de résultat à l’intérieur d’une fourchette, et que cette probabilité augmente si l’échantillon augmente.

A peu près tous les instituts de sondage font des enquêtes d’opinion portant sur au moins 1000 sondés, et les enquêtes les plus fiables portent sur 3 à 5000 sondés.

Avec un tirage au sort de nos 577 députés, nous aurions un échantillon trop faible. Il encourrait forcément le risque, à tel ou tel tirage, de ne pas être représentatif des opinions de la population.

C’est la 5ème conséquence.

[ÉC : ici, je devine un MALENTENDU : cette objection examine le tirage au sort d’une assemblée législative, ce qui n’est qu’une des possibilités d’utilisation du tirage au sort, une possibilité envisagée comme un compromis, pour amender le gouvernement représentatif. 

Je rappelle que la démocratie, la vraie (directe, donc), se sert du tirage au sort non pas pour déléguer tout le pouvoir aux représentants, mais pour précisément en déléguer le moins possible, le moins longtemps possible, de façon à fragiliser les représentants pour qui restent les serviteurs du peuple et pas ses maîtres, et que l’Assemblée des citoyens garde l’essentiel du pouvoir politique. 

Mais pour me mettre dans l’hypothèse de l’objection (où on essaie de corriger le gouvernement représentatif en prévoyant qu’une des deux chambres soit tirée au sort et l’autre élue), il me semble que l’échantillon représentatif le plus courant pour un pays de 40 millions d’électeurs tourne autour de 1000 personnes. Eh bien la Chambre des Citoyens (celle qui est conçue pour ressembler un peu plus au pays réel) peut se composer de 1000 personnes, non ? 

Mais surtout, même si ce nombre de 1000 est insuffisant (ce dont je doute) et donne une Assemblée qui n’est pas parfaitement représentative du pays réel, il est assez amusant de se voir opposer cet argument par les partisans d’assemblées élues qui, au vu de 200 ans d’expériences répétées et invariantes, ne sont JAMAIS représentatives, d’aussi loin que ce soit… 

Tirer au sort une des deux chambres ne donnera sans doute pas parfaitement satisfaction, c’est donc exact, mais ce sera pourtant infiniment MIEUX que le système actuel qui, en termes de « représentation » est une authentique catastrophe. 

Donc, cette objection ne peut pas être retenue pour le tirage au sort, me semble-t-il, puisqu’elle s’applique encore plus gravement pour l’élection. ÉC.]

 

6- Si les députés restaient représentatifs d’une circonscription, le tirage au sort pourrait très bien avoir des conséquences dangereuses pour l’ordre public : par exemple si une circonscription ayant toujours voté à gauche se voyait soudain représentée par un « tiré au sort » ultra-libéral. Ou réciproquement.

Dans ce cas, le fait qu’il n’y ait pas eu élection susciterait toutes les rumeurs et pourrait déboucher sur des émeutes si le cas se produisait ailleurs. C’est la sixième conséquence.

[ÉC : je pense, tout au contraire, que LE TIRAGE AU SORT N’AFFLIGE PERSONNE (Montesquieu), qu’il ne crée pas de rancune pour avoir perdu, qu’il ne crée pas non plus de vanité d’avoir gagné. Une des grandes forces du tirage au sort est qu’il est INCONTESTABLE, et donc PACIFIANT pour la Cité. Montesquieu le souligne bien dans l’Esprit des lois (Livre II, Chapitre 2).

 Là encore, il est amusant de voir les partisans de l’élection — qui organise une véritable guerre de tranchées entre les partis, qui interdit littéralement aux citoyens de fraterniser (voir les interminables querelles intestines, et les rancunes tenaces qui en découlent, pour désigner un candidat commun, à gauche comme à droite) — redouter la discorde avec le tirage au sort, alors que celui-ci est intrinsèquement pacifiant puisqu’il écarte, par construction, toute idée de compétition.

 D’autant que, il ne faut pas l’oublier, en démocratie, le tirage au sort n’abandonne le pouvoir à personne, mais permet précisément au peuple de le garder : ainsi, peu importe que le tiré au sort soit ultra-libéral » puisque ce n’est pas lui qui va prendre les décisions, mais la majorité des citoyens réunis en corps à l’Assemblée (si on parle bien de démocratie).

 Et si l’on parle de gouvernement représentatif amendé, il ne faut pas oublier toutes les INSTITUTIONS CORRECTRICES qui seront prévues pour laisser au peuple L’INITIATIVE qui lui permet de reprendre le contrôle d’une situation qui lui déplairait à l’expérience. ÉC.]

7 – [Ce § est un rajout ]: Et si les députés n’étaient plus représentatifs d’une circonscription, la déconnexion entre les citoyens et leurs représentants serait totale.

Plus personne ne saurait par qui il est représenté à l’Assemblée Nationale puisqu’il n’y aurait même plus d’élection. Le lien entre les citoyens et leurs « représentants » deviendrait exactement comparable au lien entre les citoyens et les sondés par un institut de sondage : personne ne sait qui a été sondé et les résultats des sondages sont de moins en moins crus.

C’est la septième conséquence.

 [ÉC : Si l’on parle de démocratie (donc forcément directe), le lien entre les citoyens et leurs représentants n’a aucune importance puisque ce sont les citoyens qui décident (à l’Assemblée) et pas les représentants.

 Si l’on parle de gouvernement représentatif amendé (une des chambres législatives est tirée au sort et l’autre est élue), chaque citoyen va bien comprendre qu’avec ce bicaméralisme intelligent (une chambre de pros élus et une chambre d’amateurs tirés au sort) il prend LE MEILLEUR DES DEUX SYSTÈMES et que si, par ailleurs et par surcroît, il garde L’INITIATIVE à tout moment pour trancher lui-même en cas de litige (institution d’initiative populaire autonome à prévoir absolument si l’on veut bien amender le gouvernement représentatif), chacun comprend bien, donc, qu’un tel système le protège beaucoup mieux que le système actuel, même s’il est (fatalement) imparfait.

OBJECTIVEMENT le risque de différence radicale (évoqué dans cette objection anxiogène) entre le peuple et l’assemblée qui le représente est MOINS GRAND avec une chambre tirée au sort qu’avec une chambre élue.

 

8- le tirage au sort donnerait forcément des résultats non viables s’il s’opérait sur la liste des électeurs.

En effet, que se passerait-il si le sort désignait des électeurs :

– très malades et impotents ?

– ou gravement handicapés mentalement ou cérébralement (par exemple des personnes très âgées frappées par la maladie d’Alzheimer) ?

– ou incarcérés ?

– ou disparus ?

– ou n’ayant aucune envie de s’occuper de politique ? (ce qui représente au bas mot 15% du corps électoral)

etc.

Pour être viable, le tirage au sort devrait donc se faire sur des listes d’aptitude, lesquelles poseraient des problèmes très épineux de tenue à jour, de fiabilité, et plus encore de représentativité de l’ensemble de la population.

Qui dresserait ces listes d’aptitude ?

Sur quelles bases ?

Comment s’assurer que ces listes ne procèderaient pas à une distorsion par rapport à l’électorat, entachant ainsi sa représentativité d’emblée ?

etc.

C’est la huitième conséquence.

 

[ÉC : tout ces problèmes (bien réels) ont été parfaitement analysés et réglés par les Athéniens, qui avaient précisément les mêmes peurs et qui avaient institué tout ce qu’il fallait pour ne plus avoir peur : je décris dans mes conférences toutes les institutions complémentaires qui servent exactement à régler ces PROBLÈMES (RÉELS) QUI N’ONT RIEN D’INSURMONTABLES : volontariat, docimasie, ostracisme, révocabilité, reddition des comptes et punitions possibles, graphe para nomon et esangelie.

 Ce qui est très intéressant, d’ailleurs, c’est que rien ne nous interdit de réfléchir à notre tour et d’imaginer des améliorations aux institutions athéniennes, naturellement : ainsi la docimasie, examen d’aptitude pour pouvoir être tiré au sort, pourrait avoir un contenu longuement discuté entre nous et c’est très intéressant : où voulons-nous placer la barre ? La discussion est ouverte. Et le fait que les réponses ne soient pas encore évidentes ne retire rien à l’intérêt de l’institution. ÉC.]

 

9- On ne s’improvise pas député, surtout si l’on n’a pas de structure politique pour épauler les travaux.

Les partis politiques ont certes bien des défauts mais ils ont quand même le mérite de fixer un cadre de travail, d’avoir des méthodes, une expérience des rapports avec les administrations, etc.

Comment un « tiré au sort » n’ayant aucune expérience ferait-il pour ne pas se laisser embobiner par les administrations ou par les lobbys en tout genre qui viendraient l’assaillir ?

C’est la neuvième conséquence : le tirage au sort n’apporte aucune garantie de sérieux et d’indépendance.

 

[ÉC : C’est vrai qu’on ne s’improvise pas député, mais cela vaut tout autant pour les élus que pour les tirés au sort ! TOUS devront travailler en découvrant leur poste, et c’est leur TRAVAIL sur les dossiers qui, principalement, fera leur compétence. 

Cette objection de la compétence est vieille comme le gouvernement représentatif, et il faut reconnaître que de nombreux élus ont de fort belles mécaniques intellectuelles. Ce que dit Alain de ce sujet est absolument lumineux : j’invite tout le monde à lire — et à travailler même — les « Propos sur le pouvoir », notamment. 

Le problème — et il est rédhibitoire, il faut le comprendre — c’est qu’une grande compétence, quand elle est au service d’une petite vertu est, du point de vue de l’intérêt général, UNE DOUBLE CATASTROPHE ! À quoi nous sert d’avoir mis des « pointures » au pouvoir si elles sont malhonnêtes ? 

Il est donc important, pour tous ceux qui tiennent absolument à éviter les abus de pouvoir, de placer la vertu AVANT la compétence. 

Et de ce point de vue, L’AMATEURISME POLITIQUE était la solution démocratique que les Athéniens avaient apportée (avec succès pendant 200 ans) au fait (éternel) que LE POUVOIR CORROMPT. Le refus du professionnalisme politique ne laisse jamais aux représentants le temps de se corrompre. Et pour les démocrates, c’est tout à fait prioritaire. 

Par ailleurs, l’expérience renouvelée, dans les temps modernes, des « conférences de consensus », des « assemblées de citoyens », des « sondages délibératifs », etc. montrent au contraire que la compétence des simples citoyens, développée à vitesse grand V au cours des travaux collectifs de longue haleine, est tout à fait surprenante. 

Je n’insisterai pas, en regard, sur l’incompétence notoire qu’on observe souvent chez certains élus. 

Donc, L’ÉLECTION NE GARANTIT NULLEMENT LA COMPÉTENCE, ET ENCORE MOINS L’HONNÊTETÉ, ALORS QUE LE TIRAGE AU SORT N’INTERDIT NI L’UN NI L’AUTRE.

Les simples citoyens, soucieux de donner au mot « démocratie » un sens réel et non dévoyé, aspirent naturellement à l’exercice du pouvoir. Les renvoyer à leur « incompétence » supposée est un peu vexant. ÉC.]

9- Enfin, qu’est-ce qui assure qu’un citoyen « lambda » tiré au sort ne serait pas autant, sinon plus, corruptible qu’un responsable politique traditionnel ?

Il n’y a aucun rapport entre le tirage au sort et la vertu, l’éthique et la moralité de chacun. Croire l’inverse, c’est verser dans l’antiparlementarisme systématique ou tomber dans la naïveté romantique.

C’est la dixième conséquence : le tirage au sort n’apporte aucune garantie de probité.

 [ÉC : là, je pense qu’il y a une vraie erreur — et je ne sombre dans rien du tout 😉

PARCE QUE L’ÉLECTION POUSSE AU MENSONGE ET À LA CORRUPTION, LE TIRAGE AU SORT, PAR COMPARAISON, EST INTRINSÈQUEMENT VERTUEUX.

 Alors, qu’est-ce qui vicie donc ainsi l’élection ?

 Je reproduis ici une partie de la liste des reproches que je formule contre cette procédure (voir http://etienne.chouard.free.fr/Europe/centralite_du_tirage_au_sort_en_democratie.pdf ) :

 a. L’élection pousse au mensonge les représentants : d’abord avant, pour accéder au pouvoir, puis pendant, pour le conserver, car les candidats ne peuvent être élus, puis réélus, que si leur image est bonne : cela pousse mécaniquement à mentir, aussi bien sur le futur et sur le passé.       

b. L’élection pousse à la corruption : les élus « sponsorisés » doivent fatalement « renvoyer l’ascenseur » à leurs sponsors, ceux qui ont financé leur campagne électorale : la corruption est donc inévitable, par l’existence même de la campagne électorale dont le coût est inaccessible au candidat seul (au moins dans les élections à grande échelle). Le système de l’élection permet donc, et même impose, la corruption des élus (ce qui arrange sans doute quelques acteurs économiques fortunés). 

Grâce au principe de la campagne électorale ruineuse, nos représentants sont à vendre (et nos libertés avec). 

c. L’élection incite au regroupement en ligues et soumet l’action politique à des clans et surtout à leurs chefs, avec son cortège de turpitudes liées aux logiques d’appareil et à la quête ultra prioritaire (vitale) du pouvoir.

Les partis imposent leurs candidats, ce qui rend nos choix factices. Du fait de la participation de groupes politiques à la compétition électorale (concurrence déloyale), l’élection prive la plupart des individus isolés de toute chance de participer au gouvernement de la Cité et favorise donc le désintérêt politique (voire le rejet) des citoyens.   

d. L’élection délègue… et donc dispense (éloigne) les citoyens de l’activité politique quotidienne et favorise la formation de castes d’élus, professionnels à vie de la politique, qui s’éloignent de leurs électeurs pour finalement ne plus représenter qu’eux-mêmes, transformant la protection promise par l’élection en muselière politique. 

e. L’élection n’assure que la légitimité des élus, sans garantir du tout la justice distributive dans la répartition des charges : une assemblée de fonctionnaires et de médecins ne peut pas appréhender l’intérêt général comme le ferait une assemblée tirée au sort.    

 Une assemblée élue n’est jamais représentative.   

f. Paradoxalement, l’élection étouffe les résistances contre les abus de pouvoir : elle réduit notre précieuse liberté de parole à un vote épisodique tous les cinq ans, vote tourmenté par un bipartisme de façade qui n’offre que des choix factices. La consigne du « vote utile » est un bâillon politique.

L’élection sélectionne par définition ceux qui semblent « les meilleurs », des citoyens supérieurs aux électeurs, et renonce ainsi au principe d’égalité (pourtant affiché partout, mensongèrement) : l’élection désigne davantage des chefs qui recherchent un pouvoir (dominateurs) que des représentants qui acceptent un pouvoir (médiateurs, à l’écoute et au service des citoyens).     

L’élection est profondément aristocratique, pas du tout démocratique. L’expression « élection démocratique » est un oxymore (un assemblage de mots contradictoires).    

Un inconvénient important de cette élite, c’est ce sentiment de puissance qui se développe chez les élus au point qu’ils finissent par se permettre n’importe quoi. 

Donc, oui, a contrario, le tirage au sort, qui échappe à tous ces travers, pousse davantage à la vertu, intrinsèquement : 

a. La procédure du tirage au sort est impartiale et équitable : elle garantit une justice distributive (conséquence logique du principe d’égalité politique affirmé comme objectif central de la démocratie). 

b. Le tirage au sort empêche la corruption (il dissuade même les corrupteurs : il est impossible et donc inutile de tricher, on évite les intrigues) : ne laissant pas de place à la volonté, ni des uns ni des autres, il n’accorde aucune chance à la tromperie, à la manipulation des volontés. 

c. Le tirage au sort ne crée jamais de rancunes : pas de vanité d’avoir été choisi ; pas de ressentiment à ne pas avoir été choisi : il a des vertus pacifiantes pour la Cité, de façon systémique. 

d. Tous les participants, représentants et représentés sont mis sur un réel pied d’égalité. 

e. Le hasard, reproduisant rarement deux fois le même choix, pousse naturellement à la rotation des charges et empêche mécaniquement la formation d’une classe politicienne toujours portée à tirer vanité de sa condition et cherchant toujours à jouir de privilèges.

 Le principe protecteur majeur est celui-ci : les gouvernants sont plus respectueux des gouvernés quand ils savent avec certitude qu’ils reviendront bientôt eux-mêmes à la condition ordinaire de gouvernés.

 

f. Préférer le tirage au sort, c’est refuser d’abandonner le pouvoir du suffrage direct à l’Assemblée, et c’est tenir à des contrôles réels de tous les représentants : donc, le tirage au sort portant avec lui des CONTRÔLES drastiques à tous les étages, il est mieux adapté que l’élection (qui suppose que les électeurs connaissent bien les élus et leurs actes quotidiens) pour les entités de grande taille. (Alors qu’on entend généralement prétendre le contraire.)

CONCLUSION

L’idée de « tirer au sort » les représentants des Français est une idée séduisante de prime abord mais qui ne résiste pas à l’examen.

[ÉC : pour ma part, j’aurais dit exactement la même chose… de l’élection ! :-) ÉC]

L’invocation de la Grèce antique ne tient pas debout :

– D’une part parce qu’il s’agissait de cités de quelques milliers d’habitants tout au plus, où tout le monde se connaissait,

[ÉC : C’est vrai, et c’est aussi le cas dans les COMMUNES, toutes de petite taille, où pourrait parfaitement prendre place des institutions démocratiques dignes de ce nom.

Donc, du point de vue de la TAILLE, la comparaison entre communes et cité grecque tient parfaitement debout. 

Et pour les problèmes politiques qui requièrent la grande échelle (et pour eux seuls), on peut faire travailler ensemble les communes avec une technique bien connue qui s’appelle la FÉDÉRATION, longuement testée et rôdée : nous ne sommes pas du tout là en terres inconnues. ÉC.] 

– D’autre part parce que les problèmes étaient d’une moindre complexité que dans le monde d’aujourd’hui,

[ÉC : CE NE SONT PAS LES PROBLÈMES QUI SONT PLUS COMPLIQUÉS, CE SONT LES LOIS. Et il me semble que ce n’est pas une fatalité : c’est la spécialisation des législateurs, et des avocats, et des juges, et plus largement de tous les professionnels du droit, qui a conduit progressivement à une extravagante complexité législative, qui engendre elle-même une grande INSÉCURITÉ JURIDIQUE pour tout le monde.

Donc, non seulement cette complexité est non nécessaire, mais elle est nuisible. Déprofessionnaliser la production du droit pourrait heureusement conduire à simplifier le droit et je ne vois pas que ce soit une catastrophe. ÉC.]

– Enfin parce que ce tirage au sort était loin d’être un modèle de démocratie (les femmes et les esclaves en étant écartés).

 [ÉC : j’ai répondu à cette objection précisément : le fait qu’à cette époque, il y avait effectivement des esclaves et des femmes incapables politiquement 1) n’était pas spécifique (tous les peuples vivaient comme ça à l’époque), et 2) n’était pas constitutif de la démocratie (les institutions démocratiques fonctionneraient de la même façon en incorporant les femmes et les esclaves dans le peuple moderne). 

Il n’est donc pas pertinent de monter en épingle ces caractères — non spécifiques et non décisifs — comme s’ils rendaient inacceptables le projet démocratique. ÉC.] 

 

Les difficultés recensées supra expliquent pourquoi il n’existe de nos jours aucun État au monde qui pratique un tirage au sort pour choisir les représentants du peuple.

 [ÉC : on pourrait voir d’autres raisons, plus crédibles : les aspirants voleurs de pouvoir, ayant eu 200 ans pour constater la centralité du tirage au sort dans une démocratie réelle, ont toujours fait bien attention depuis à ne jamais laisser les peuples décider eux-mêmes de leurs institutions, et à ne jamais enseigner aux enfants les fondements les plus importants d’une vraie démocratie : au contraire, on apprend aux enfants que démocratie = élections, ce qui est un contresens absolu. ÉC.] 

En dressant ce constat, nous ne disons évidemment pas que la situation actuelle est parfaite, loin de là.

Nous disons que la démocratie doit être rénovée par d’autres voies, qui devront rester opérationnelles, réalistes, acceptées par tous, et qui veilleront à garantir aux citoyens une démocratie beaucoup plus réelle et représentative de l’opinion que ce n’est le cas actuellement.

Le programme complété que je présenterai cet automne veillera à apporter des solutions que j’espère convaincantes.

François Asselineau

[ÉC : autant je comprends que vous soyez hostile à la démocratie directe intégrale (puisqu’elle rendrait impossible à quiconque la direction des affaires à la place du peuple), autant il me semble que vous n’auriez pas grand-chose à perdre en pouvoir, et beaucoup à gagner en image, à proposer enfin au peuple de PARTAGER  (un peu) du pouvoir auquel vous aspirez : proposer de COMBINER LES AVANTAGES de deux chambres, une élue et une tirée au sort, vous permettrait de continuer à poursuivre votre projet de participer vous-même à la défense de l’intérêt général (grâce à l’élection), tout en offrant au peuple une fenêtre jamais vue depuis 2500 ans, un espoir pour les électeurs d’être enfin traités en adultes (grâce au tirage au sort) : vous montreriez que vous faites CONFIANCE aux citoyens (que vous cesseriez de ravaler au rang dégradant d’électeurs), et je suis sûr qu’ils sauraient le voir (d’autant plus que ce serait sacrément original et prometteur).

 J’espère que vous n’avez pas fermé les écoutilles et verrouillé votre jugement sur la question : plus j’y réfléchis, plus je trouve que (au moins introduire partiellement) le tirage au sort en politique est une idée astucieuse et équilibrée, du point de vue de l’intérêt général.

 Je profite de cet échange pour vous remercier de la qualité et de l’utilité de votre résistance au projet de domination européen.

Étienne Chouard.]

IL EST DIFFICILE DE CORROMPRE QUELQU’UN QUI NE VOUS DOIT RIEN.

 

Voilà une façon claire et forte de résumer LA RACINE de ce qui fait que, — SANS ÊTRE LUI-MÊME PARFAIT bien sûr, puisque rien n’est parfait —, LE TIRAGE AU SORT EST PLUS PROPICE À LA VERTU QUE L’ÉLECTION.

Je ne dis PAS du tout que TOUTES LES PERSONNES —tous les élus et tous les candidats à l’élection— soient corrompus, car il y a des personnalité plus fortes que les autres qui résistent bien aux forces corruptrices en présence (et c’est sans doute plus fréquent à l’échelle locale), mais je dis que LA PROCÉDURE de l’élection est mécaniquement corruptrice, quand celle du tirage au sort ne n’est pas.

Le FAIT de rendre l’élu DÉBITEUR (de ceux qui financent sa campagne électorale) est au cœur de la mécanique qui conduit à la situation actuelle : je pense que cette procédure oligarchique est LA CAUSE DES CAUSES de la crise actuelle (et de celles qui l’ont précédée).

Et j’en déduis logiquement que, sans être parfaite, la DÉMOCRATIE — la vraie — est une solution crédible et durable à la catastrophe actuelle.

 

Étienne Chouard.]

 

 

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