Retour sur : Le mouvement social à la Réunion, vous en avez entendu parler ?

L’île de la Réunion connait des troubles importants depuis plus d’une semaine mais les média ne traitent pas ou peu de cette affaire. Description d’une situation très obscure …

Quelle situation ?

La Réunion connait depuis près d’un mois des troubles qui agitent l’île. En effet, tout a commencé par des revendications émanant des transporteurs, qui ont dressé des barrages filtrants pour protester contre les prix du carburant.

Ces mouvements sociaux gênent l’économie de l’île, mais malgré cela, ils semblent fédérer une grande partie des habitants qui se sont décidé d’aider cette vague de protestation. Pour ceux qui ne connaissent pas bien le contexte économique des îles françaises, ,il est primordial de savoir que le coût de la vie est extrêmement cher. Cela s’explique par plusieurs faits mais ce qui plombe l’économie, ce sont les importations, la taxe  »octroi en mer » …etc Il existe une prime  »vie chère » (+35% du salaire) mais cela ne s’applique … qu’aux fonctionnaires. Cette prime légitime le fait que l’Etat reconnaisse un coût élevé des prix dans les îles.

Des réunions de travail ont été menées par le préfet de la Réunion, mis en place par Nicolas Sarkozy en Janvier 2010 : Michel Lalande. Les citoyens n’ont pas trouvé leur compte dans les accords trouvés entre les différents acteurs, qu’une majorité à jugé insuffisants et signés par des délégataires qui ne représentent nullement le peuple. A tel point que le mouvement s’est inexorablement agrandi. De plus ces pseudo-réunions sont des leurres en attendant le déploiement de nouvelles forces policières arrivant des Antilles et de Métropole d’ici.

Le dépôt de carburant était bloqué par les transporteurs et une centaine de particuliers. Le Préfet a donc décidé d’envoyer les forces de police pour entourer le dépôt et enfin pouvoir virer les manifestants pacifiques. Mais ce que monsieur Lalande n’avait pas prévu c’est que les citoyens des environs, alertés, ont décidé d’encadrer à leur tour les compagnies de gendarmes. Le Préfet a donc envoyé à nouveau des renforts pour filtrer les personnes désireuses de se rendre sur les lieux tout en interdisant les appareils photo et l’accès aux journalistes.

Des faits troublants

La situation est donc complexe, on comprend bien qu’il s’agit d’une opposition entre le Peuple et le gouvernement, complice du monopole pétrolier. Mais les choses se corsent à nouveau car dans le quartier du chaudron, connu pour être relativement sulfureux, des pillages ont eu lieu.

« concernant les « émeutes », notamment dans le quartier du chaudron, les jeunes qui ont saccagé et pillé, pour la plupart (80%), ne venaient pas du quartier. La question se pose donc : Pourquoi ces jeunes sont ils venus au chaudron pour tout casser?

Sachant que leurs méthodes ont inévitablement décrédibilisé le mouvement de base contre la vie chère et permis à la police d’avoir une bonne raison pour utiliser les lacrymo et ainsi déloger les manifestant pacifiques qui bloquaient le dépôt de carburant : pourquoi ont-ils fait ça »

De plus, le soir, il suffisait d’éteindre l’éclairage publique pour limiter l’approche des personnes violentes.  Mais non, la police ne connait que le gaz lacrymogène et la force. A se demander si cet affrontement n’était pas attendu.

 

Le pouvoir cherche partout dans le monde, et depuis des millénaire à toujours cherché à diviser pour bien régner, n’hésitant pas à utiliser l’attentat sous faux drapeau, à infiltrer des policiers déguisé en émeutier violent pour justifié l’intervention des forces de l’ordre. Ou encore en stigmatisant les grévistes qui empêchent le bourgeois de prendre son avion pour partir passer les fêtes au soleil etc…

Peu importe la raison de ces pillages, le mouvement s’en trouve toujours un peu plus décrédibilisé et cela fait en général beaucoup parler. Mais en Métropole, qu’avez vous entendu ces derniers temps sur la Réunion ? Rien, en dehors de quelques rapides dépêches. Alors nécessairement, nous sommes en droit de nous poser des questions. Le traitement médiatique de cette affaire est clairement défaillant mais POURQUOI ? Deux hypothèses ressortent.

  • Les journalistes sont tellement concentrés sur la petite guerre entre PS, UMP et FN qu’ils ne se sont même pas rendus compte que de ce qu’il se passait ? Ou bien il trouvent ce sujet secondaire, et cela témoigne ainsi de leur manque de professionnalisme quand on compare avec les  »polémiques » sur la viande Hallal.
  • La seconde hypothèse est que l’Etat a tout fait pour filtrer l’information comme nous le prouvent les interdictions de rentrer pour les journalistes vues précédemment. Mais ces derniers savent forcément qu’il se passe quelque chose à la Réunion, alors pourquoi ne pas parler de censure ?

 

Peut-on parler de censure ?

Avant d’apporter une réflexion sur ce sujet, il est nécessaire de différencier les journalistes locaux des mass-média. En effet, on interdit aux réunionnais de communiquer sur ce large mouvement prenant sur toute l’île. Il leur est donc impossible d’informer, pour ceux souhaitant encore le faire. Car des radios se censurent (ou se font censurer) un réunionnais témoigne sur Radio Free dom (pas laissé s’exprimer sur le sujet car  » ils ne peuvent pas diffuser cette information » ce qui est troublant par une radio soit disant libre » Cette personne a donc dû feindre de vouloir parler d’un autre sujet pour pouvoir poser la question en direct à l’animatrice de savoir le pourquoi de cette réponse, voilà ce que lui dis l’intéressée  »Je n’ai pas la réponse à cette question ». D’où viennent les ordres ? Nous ne pouvons pas le savoir à 100% mais nous nous en doutons tous, car il s’agit clairement d’une censure.

 

Le traitement médiatique de ces troubles

Nous avons essayé de faire le tour des grands média pour voir comment était traité ce sujet mais nous n’avons recensé qu’une légère dépêche par Europe 1 qui ne reprend ni le motif, ni le contexte, ni le message … à l’image d’un reportage sur M6 traitant très succinctement de la pénurie d’essence.

Ce matin, des articles sont disponibles sur des sites tels que Le Figaro, le Parisien ou Rue89. Mais tous font état des émeutes et ne traitent à aucun moment des revendications sociales en dehors du  »leur vie leur paraît trop cher » d’un ton assez narquois et hautain.

Rappelons aussi les multiples reportages qui avaient eu lieu en 2008-2009 quand les départements et territoires d’Outre-Mer s’étaient rebellés. Il s’agissait du principal sujet d’information pendant des semaines. Pourquoi cela n’est il pas le cas aujourd’hui ?

Certes le mouvement se réduit à l’île mais la période électorale qui s’ouvre à nous change la donne. Ce qui est étonnant, c’est qu’il ne soit pas repris comme thème lié à l’insécurité, thème de prédilection des partis de droite. D’un côté, on imagine aisément que le gouvernement ne souhaite pas voir à nouveau les îles s’enflammer quelques mois avant d’aller voter. D’un autre, les seules informations concernent la sécurité et les émeutes, terreau du discours politique de l’UMP et du FN. Le terrain est donc bien préparé!

Bref, ce sujet semble bien tabou du fait d’être relayé comme information secondaire (et encore…) et l’on comprend que ne pas ébruiter l’affaire joue un rôle stratégique et politique. Mais nul doute qu’un tel mouvement va finir par faire parler de lui, mais le temps qu’il lui faudra, varie beaucoup en fonction des média, du temps, et de la patience, seront donc nécessaires.

Les tenants et les aboutissants de cette affaire ? Nous n’aurons pas l’immodestie d’affirmer qu’elle est sciemment tûe par l’Etat mais de nombreuses coïncidences nous permettent penser que la liberté d’expression et la capacité de réflexion sont dans de beaux draps. Pour conclure, et surtout élargir le débat, je finirai en citant cet habitant du chaudron :

Je n’ose que trop imaginer ce qu’il se passerait si, demain en métropole, et aux Dom-toms ce mouvement se généralisait. La France compte t’elle assez de gendarmes et de policiers pour lutter face à 60 millions de citoyens? J’en doute … »

Après l’occupation de RFO le matin, une émission conduite par le LKP pour faire un point général sur la situation et la grève avait été programmée par RFO. Cette émission devait être diffusée par satellite dans les autres DOM et sur Tempo. Au dernier moment sans préavis la direction régionale de RFO refuse (ordre de paris ou pas ????)…


Updated: 26 mars 2012 — 23 h 01 min

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